Notre mission

Association de parents reconnue d’utilité publique, notre mission est la prise en charge de personnes handicapées intellectuelles sur tout le département 54. Nous gérons 35 établissements et services.

Rompre l’isolement des parents

Jacques Jeanjean | Parent et président adjoint de l’AEIM

• Quelle est, selon vous, la vocation première de l’association ?

Je pense que dans un premier temps, c’est accompagner les familles pour que celles-ci trouvent la meilleure voie pour leur enfant déficient intellectuel. Celui-ci a le droit d’avoir une vie digne, encore faut-il que ces parents apprennent à leur enfant l’autonomie, tout au moins la plus élevée par rapport à ce qu’est la dépendance liée au handicap intellectuel. L’AEIM, à travers ses structures et sa politique, est là pour soutenir cette autonomie autant que possible.

• Comment se trouvent les familles qui poussent les portes de l’AEIM ?

Je pense que lorsque votre enfant naît avec un handicap — d’autant plus s’il est intellectuel —, le plus difficile à supporter est l’éloignement de toutes les personnes que l’on croyait proches de soi, qu’il s’agisse de sa propre famille et de ceux que l’on croyait être ses amis. C’est-à-dire qu’au bout du compte, il ne reste plus grand-monde. C’est dur. Cela conduit très souvent à un certain repli sur soi. Il vous faut un certain temps avant de retrouver une forme de vie qui de toutes façons ne pourra plus être comparable à la précédente. C’est très classique.

• Dans quelle mesure l’AEIM peut-elle leur apporter un soutien ?

En leur apportant de l’écoute. C’est notamment la vocation des administrateurs qui sont tous des parents concernés par le handicap intellectuel de leur enfant. Le dialogue permet rapidement aux familles de se rendre compte que ce que l’on croyait être les seuls à avoir subi l’est également par la quasi-totalité des autres. Cela vous amène à être plus fort, à essayer de briser cette muraille qui s’est dressée pour parvenir à une forme de vie la plus normale possible.

Les établissements gérés par l’AEIM

Alexandre Horrach | directeur général de l'AEIM

• Comment l’AEIM en est-elle venue à gérer 34 établissements et services ?

Au départ, en 1957, l’association s’est mobilisée pour ouvrir les premiers Instituts Médico-Éducatifs (IME) qui accueillaient uniquement des enfants. Il y a eu par la suite les premières grandes lois, notamment celle de 1975 qui a donné pour la première fois un cadre légal à notre secteur.

Au fur et à mesure de l’évolution du cadre réglementaire, un certain nombre d’établissements avec des missions nouvelles se sont créés. Aujourd’hui, l’AEIM couvre le spectre complet des services existants et accompagne quelque 2 300 personnes.

• Pourquoi l’AEIM a-t-elle fait le choix de couvrir l’ensemble des dispositifs existants ?

Notre philosophie est de reconnaître aux personnes un degré de capacité maximal, leur droit à être citoyen à part entière et favoriser leur autonomie. Ceci étant, pour pouvoir accompagner les personnes et surtout les prémunir de tout risque de rupture dans leur parcours de vie, nous devons disposer de la palette complète des services. Nous devons être en mesure d’accompagner une personne prise en charge dès son enfance jusqu’à un âge avancé. Nous devons la prémunir des risques liés au déracinement, de tout point de rupture avec son environnement naturel, sa famille, ses camarades et le lieu dans lequel elle a grandi. Nous avons dû construire, bâtir, créer, innover, pour pouvoir présenter aujourd’hui, l’offre de service la plus importante du département mais également la répartir sur l’ensemble du territoire de Meurthe-et-Moselle.

L'approche du handicap par nos professionnels

Jean-Pierre Voirin | Directeur du foyer de vie "Le Village Michelet"

• En quoi consiste l’accompagnement de personnes handicapées intellectuelles ?

L’accompagnement de la personne handicapée intellectuelle, c’est celui de l’altérité, donc de la différence. Seulement, ces différences ne sont pas que limitations, elles représentent aussi une somme de capacités. Nous devons donc prendre en compte les limitations de la personne, en quelque sorte nous adapter à elle, afin de l’accompagner petit à petit, à développer ses capacités.

Cette démarche est guidée par le projet personnalisé de chaque personne accompagnée à l’AEIM, projet élaboré en tenant compte des besoins exprimés par la personne handicapée.

Comment, la personne handicapée exprime-t-elle ses besoins ?

À travers la traduction que peuvent en faire les professionnels. Nous apprenons à connaître ce qui plaît à la personne, ou lui déplait, ses ressentiments, ses affinités, ses inimitiés... Ce n’est qu’une traduction, donc peut-être pas cent pour cent fidèle, mais elle doit être suffisamment fiable lorsque l’on est un professionnel à l’AEIM pour être prise en compte. Elle est aussi appuyée et relayée par les parents ou les représentants légaux. Ce sont des questions profondément humaines, de savoir comment des personnes parlent en leur nom. Au regard de l’association, cette traduction se doit d’être au plus près du besoin exprimé par la personne.

• Comment agissez-vous, concrètement ?

En utilisant la pédagogie visuelle. C’est celle du sens, du concret. Nous avons adopté, ici, en foyer de vie, des communications alternatives au langage, car beaucoup de personne n’y ont pas accès. Ils ne parlent pas, ils ne comprennent pas. Nous mettons donc en place des stratégies visuelles : communication par l’objet, photo, picto, puis à un stade avancé, par le biais du langage. Forcément, cartographier le monde en image, c’est le réduire. Seul le langage permet de nommer ce qui est absent. Mais l’accompagnement sur mesure dans un lieu comme celui-ci, permet à la personne handicapée de vivre le quotidien à travers de l’animation, de maintenir ses acquis, voire de les développer à travers diverses médiations de type médico-formatives.