Notre expérience

L’AEIM a été l'un des premiers acteurs à s'engager au service de la personne en situation de handicap intellectuel. Notre histoire nous confère une expérience reconnue dans tous les domaines qu'il recouvre.

Dans les pas des pionniers et de leur engagement

Jacques Jeanjean | Parent et président adjoint de l'AEIM

• Avant l’AEIM, il y avait quoi ?

Jusque dans les années 50, quand un enfant déficient intellectuel naissait dans une famille, c’était considéré comme une tare. Il ne fallait absolument pas en parler, et la cellule familiale était contrainte au repliement, sans communication avec l’extérieur, même, d’ailleurs, avec une grande partie de la famille. Lorsque l’enfant posait des problèmes, la seule issue était l’enfermement psychiatrique…

Ce sont avant tout les parents d’enfants trisomiques qui ont commencé à relever la tête dans les années 50 en disant : notre enfant est certes différent mais il a des capacités.

• Comment l’association est-elle née ?

À Nancy, en 1954, des parents se sont concertés et ont décidé de prendre en main la destinée de leur enfant. S’agissant de l’AEIM, les cinq pionniers étaient des personnalités qui comptaient dans le département (responsable EDF, ingénieur, médecin etc.). Leur pouvoir, leur réseau leur a permis de poser les premiers jalons et d’officialiser la création de l’AEIM en novembre 1957. Le premier IME Clair Matin, est né à Vandœuvre. Pendant six mois, avant que toutes les initiatives prises dans le cadre du réseau permettent de trouver des fonds, les familles payaient de leur poche les éducateurs qui prenaient en charge leur enfant.

• Pourquoi l’AEIM s’est-elle développée aussi vite ?

Les médecins avaient dit à ces familles que leur enfants trisomiques ne passeraient pas l’âge de 20 ans. À l’époque, ils mourraient avant. Mais l’éducation et la pédagogie spécifique mise en place dans le Clair Matin ont bousculé les certitudes : visiblement ces enfants suivis par l’AEIM étaient si bien qu’ils ne voulaient pas mourir ! Avec ces premières victoires, il fallait reconsidérer les choses. Et pourquoi ne pas les faire travailler pour acquérir une citoyenneté et exister comme les autres socialement parlant ? D’où la création du premier CAT d’Heillecourt en 1972 par l’AEIM. La machine était enclenchée.

De 58 à 68, sept IME avaient vu le jour. C’est exceptionnel ! d’autant que les financements officiels sont venus plus tard, après la première loi qui concerne le handicap en 1975. Ensuite ce fut l’effet boule de neige : l’association a suivi l’évolution de ces enfants devenus adultes, et qui aujourd’hui vieillissent, en essayant de répondre à leurs besoins. Ainsi, l’AEIM en presque 60 ans, a créé 35 établissements et services sur 42 sites accueillant 2300 personnes déficientes intellectuelles.

 

Répondre collectivement aux besoins sur le département

Alexandre Horrach | Directeur général de l'AEIM

• Le nombre de places dans les établissements est-il suffisant
en Meurthe- &-Moselle ?

C’est une question récurrente. Dire que les équipements aujourd’hui répondent à la totalité des besoins serait un mensonge. Apprécier le nombre de places en fonction des besoins sur le territoire est donc quelque chose sur lequel nous nous engageons de façon extrêmement importante à l'AEIM. Nous travaillons en lien avec les autres associations sœurs sur la région, et au niveau régional et national pour nous doter d’un outil qui nous permette d’apprécier les besoins qui seront ceux des personnes accompagnées d’ici 3 ou 5 ans.

• Quelles sont les pistes de l’AEIM pour répondre aux besoins ?

L’ouverture des établissements et de l’inclusion fait aujourd’hui énormément écrire et réfléchir. Ceci dit, les établissements spécialisés demeurent d’une importance capitale. Ils sont un des éléments de réponses et nous devons sans cesse faire évoluer nos dispositifs au regard des besoins et des attentes, même s’ils n’évoluent pas au même rythme. Les listes d’attente peuvent être parfois importantes même s’il est difficile de les objectiver. Nous savons aujourd’hui, en lien avec nos autorités et nos politiques, qu’il faut faire évoluer le taux d’équipement et l’adapter de façon réactive aux enjeux sur les différents territoires et bassins de vie. Le problème de l’expatriation de certaines personnes en Belgique en est une conséquence.

• N’est-ce qu’une question de financement ?

L’état des finances publiques est celui que nous connaissons tous. Je prends le contre-pied de ceux qui disent que les budgets sont en réduction. Ce n’est pas vrai. Les budgets accordés de manière générale sur le secteur social ou médico-social n’ont jamais cessé d’augmenter. Ils n’augmentent cependant pas aussi vite que les besoins que nous avons su mettre en évidence. Le travail fourni par les associations dont l’AEIM fait partie en étroite corrélation avec le Conseil Général et l’ARS font ressortir des besoins non couverts, mais il n’y aura certainement pas d’augmentation des enveloppes qui permettront la création de places.

• Quelle est la stratégie de l’AEIM ?

Je pose cette question : ne devons-nous pas réfléchir autrement qu’en nombre de places ? Sur l’existant, il est nécessaire de faire émerger d’autres fonctions qui nous permettront d’apporter de nouveaux éléments de réponses, construites en étroite relation avec l’environnement professionnel existant par le biais du partenariat et du réseau. Nous avons encore beaucoup à travailler sur l’efficience du travail en pluridisciplinarité et surtout de façon intersectorielle avec le sanitaire, l’éducation nationale, le social, le médico-social et de façon interassociative.

Il y a des éléments de réponses importants à moyens constants avec une plus-value certaine en terme de qualité d’accompagnement des personnes. Parce qu’on pourra étayer nos offres de services de par une complémentarité des offres qui générera une plus-value et donc l’émergence de nouvelles fonctions au service de projets de vie.